JE FAIS UN DON
L'outil "j’écris pour apprendre à lire"

L'outil "j’écris pour apprendre à lire"

Marianne Henriet agit tous les lundis auprès des enfants d'Albertville dans le cadre des devoirs et du renforcement scolaire. Professeur des écoles retraitée, elle vient nous parler aujourd'hui de l'outil qu'elle a créé : "j'écris pour apprendre à lire".

"Il y a vingt ans, alors que j’enseignais en cours préparatoire, je privilégiais de façon quotidienne l’élaboration de messages écrits.
En début d’année scolaire, les enfants ne disposaient que des maigres connaissances apportées par leur méthode de lecture. Les phrases produites se ressemblaient toutes et la créativité ne pouvait être au rendez-vous. Ils s’ennuyaient.

J’ai alors eu l’idée d’emmener la classe chez un artisan et d’en revenir avec de nombreuses photos pour en faire un album. J’ai proposé à chacun d’en choisir une et d’écrire son ressenti en guise de légende. Ils emporteraient chacun leur tour le reportage de notre sortie à la maison pour la faire partager à leurs parents. La motivation a été immédiate et tous ont voulu participer.
Mais très vite, pour s’exprimer, chaque enfant a eu besoin d’utiliser des sons qu’il ne connaissait pas : le ain de pain, le gn de campagne… J’ai livré ces sons à la demande, mais afin qu’ils restent en mémoire et que l’on puisse s’en servir à nouveau les autres jours, j’ai constitué des fiches associant son, mot et illustration proposés par les enfants. Ces fiches ont été au fur et à mesure archivées dans un porte-vues consultable par tous.

Les recueils de sons tout imprimés et illustrés, les alphas, cela existe. Mais pourquoi proposer un Kangourou (graphie K) pour écrire au sujet d’une journée au sKi !
Les mots choisis par les enfants collaient tellement mieux au vécu de la classe !
Ils les mémorisaient bien plus facilement et manipulaient le porte-vues avec une rapidité surprenante.
Le but était atteint : les enfants avaient chaque jour envie d’écrire.

Les années d’expérience m’ont confirmé qu’un enfant ayant compris qu’il peut transmettre un message à autrui en écrivant, devient réceptif à tout écrit présent dans  son environnement,  curieux, comme tout lecteur chercheur de sens.

L’intérêt est créé, l’enfant cherche les sons et le sens partout où il voit des mots, dans la rue, au supermarché, sur les prospectus.... Il lit et il aime ça.

Voilà pourquoi j’ai conçu «J’écris pour apprendre à lire ». J’utilise cet outil pratique (collectivement ou individuellement suivant les circonstances) avec les enfants de Ma chance, moi aussi d’Albertville.

Le but est de faciliter l’élaboration de messages écrits. Le porte-vues devient un « doudou  d’écriture » contenant les sons reconnaissables grâce à des mots porteurs de sens, évoquant le cadre familier. Ils s’y réfèrent pour les graphies mal assurées. Ils le complètent au fur et à mesure de leurs besoins, spontanément et avec fierté puisqu’ils participent à son élaboration. Ils écrivent mais surtout ils lisent leurs propres phrases et ont très envie de déchiffrer celles des autres. Ils deviennent peu à peu de vrais lecteurs.

Nul n’a besoin d’attendre l’entrée en CP pour mettre en place le dispositif. Refuse-t-on à un petit l’usage d’un ballon sous prétexte qu’il sera inscrit au club de football ou de basket à six ans ? Les enfants de grande section accueillis à Ma chance, moi aussi peuvent utiliser les porte-vues. Puisqu’ils veulent faire « comme les grands », n’éteignons pas à cet instant la petite flamme qui vient de s’allumer en reportant à plus tard une découverte qu’ils sont tout prêts à débuter."

2018-03-26-PHOTO-00000003
2018-03-26-PHOTO-00000005
2018-03-26-PHOTO-00000006
2018-03-26-PHOTO-00000007